Homosexualité et handicap

En Amérique du nord, à peu près 10% de la population est homosexuelle, et à peu près le même pourcentage a un handicap. Il est donc aisé de conclure que 10% des personnes homosexuelles sont aussi handicapées, et vice versa (O’Toole, & Bregante, 1992; Limbrick, 2009). Dans la communauté homosexuelle, la version des hommes est souvent beaucoup plus entendue. La communauté gai fait en effet plus de bruit, et prend plus de place que la communauté lesbienne. Les études sur les hommes homosexuels vont par milliers, mais les études sur les lesbiennes peut-être par centaines. De la même façon, les études sur les personnes ayant un handicap se concentrent plus souvent sur les hommes que sur les femmes. Être une femme lesbienne fait donc souffrir d’une double invisibilité aux yeux de la société, et des chercheurs. La majorité des femmes lesbiennes ayant un handicap ont malheureusement souvent peu ou pas d’emploi, et donc peu ou pas de revenu et sont socialement stigmatisées. Pour écrire cet article, j’ai recueilli le témoignage de deux femmes, afin d’illustrer les propos et faits des études qui vont être citées. Cependant, les deux femmes resteront anonymes, et j’ai par conséquent changé leurs noms. La première femme à laquelle j’ai parlé, Jeannine, a 32 ans, et a une amyotrophie spinale, diagnostiquée très tôt. Malgré une éducation celle-ci ne peut pas travailler, et se trouve par conséquent légèrement isolée. A Cause de sa maladie, celle-ci éprouve quelques difficultés à sortir de chez elle. La deuxième femme, Martine, a 50 ans, et ne travaille pas non plus. Son diagnostic a été fait plus tard dans sa vie, mais il commence à peser sur ses capacités physiques, et emmène énormément de fatigabilité. La plupart des personnes ayant un handicap physique peuvent se retrouver à vivre chez leur parents ou avec leur famille, ce qui est le cas des deux femmes interrogées. Un cadre familial freine souvent des relations amoureuses, de par le fait que les parents n’ont pas forcément envie de sexualiser leurs enfants, et que de vivre chez ses parents peut beaucoup mettre du poids sur l’autonomie, et la sensation d’autonomie.

Lorsque l’on s’en tient à la communauté homosexuelle, celle-ci propose et soutient des standards de beauté relativement élevés et difficile à atteindre. Ces standards priorisent la jeunesse, la beauté traditionnelle, particulièrement caucasienne, et au corps sans handicap (Limbrick,2009). Bien que dans la communauté lesbienne, les standards de beauté soient moins similaires aux standards de la communauté hétérosexuelle, acceptant plus les rondeurs, les styles vestimentaires alternatifs et les rôles de genres plus fluides, le handicap est tout de même moins facilement accepté par cette communauté (Hammidi, & Kaiser, 1999). Les deux femmes interrogées mentionnaient entre autre la crainte de rencontrer d’autres lesbiennes en personne, de peur du jugement et des stéréotypes entourant les personnes handicapées, et avaient même peur d’engager une conversation avec d’autres lesbiennes par peur d’avoir à mentionner qu’elles avaient un handicap. Cette limitation enferme d’autant plus ces deux femmes et beaucoup d’autres dans  un isolement qui est particulièrement néfaste à la santé mentale des personnes ayant un handicap (Kawachi, & Berkman, 2001). L’isolement a particulièrement tendance à rendre les dépressions beaucoup plus profondes et toxiques. Lorsque les personnes homosexuelles et avec un handicap se retrouvent dans ces situations d’isolement, et potentiellement avec des besoins de services médicaux pour traiter une dépression, celles-ci peuvent se voir sans recours. En effet, les services de santé sont beaucoup plus axés envers les hommes blancs sans handicaps (O’Toole,  & Bregante, 1992). Le personnel de la santé a tendance à éviter les questions en lien avec la sexualité, et s’ils le font, ce n’est que pour parler de contraception. Les femmes lesbiennes, et avec un handicap ne se sentent pas forcément concernées par ce sujet, et désireraient probablement parler d’éléments différents avec les professionnels. Celles-ci, ne ressentant pas forcément une ambiance favorable à la divulgation de leur homosexualité, ne reçoivent pas les services qui leur seraient nécessaires. Martine a vécu ce même problème. Ressentant un environnement particulièrement hétéronormatif (soit partant du principe que tout le monde est hétérosexuel, et ne résolvant que des problèmes typiquement héterosexuels) , celle-ci ne divulgue que rarement son homosexualité de peur d’être jugée par les professionnels de la santé. Martine mentionne de surcroit que lorsqu’elle le divulgue, les femmes peuvent se sentir menacées et penser qu’elle est « une perverte obsedée sexuelle ».

Les familles des personnes homosexuelles et ayant un handicap ne sont pas non plus hors du coup. Les familles peuvent être elles-mêmes victimes du stigma autour du handicap et de l’homosexualité, mais elles peuvent en faire preuve elle-même. En effet, même une famille de personne homosexuelle, qui selon toute logique devrait comprendre le poids du stigma autour des personnes homosexuelles, et faire preuve d’empathie pour les personnes ayant un handicap, peuvent elles-mêmes rejeter le partenaire ayant un handicap de leur enfant. Jeanine a vécu ce problème lors de sa relation précédente. La famille de sa compagne n’approuvait pas du tout que celle-ci sorte avec une personne ayant un handicap (http://www.myhandicap.com/gay-lesbian-disability.html ; O’toole, & Bregante, 1992).

Il se peut que ces résistances soient dues aux mythes entourant les personnes homosexuelles ayant un handicap. En effet, les femmes ayant un handicap sont tout de suite considérées comme hétérosexuelles , ou même asexuelles. Certaines personnes pensent que les personnes handicapées ne peuvent pas soutenir des relations sexuelles, et que celles-ci seraient trop fatigantes. D’autres considèrent que les personnes ayant un handicap devraient ressentir de la gratitude lorsqu’elles « reçoivent une relation sexuelle », que les femmes ayant un handicap ne peuvent pas être des mères, et que si elles le sont, elles doivent être de mauvaises mères. D’autres encore pensent que la relation entre une personne n’ayant pas de handicap et une personne ayant un handicap est forcément inégalitaire et sous le contrôle de la personne n’ayant pas de handicap (Limbrick, 2009 ; O’toole, & Bregante, 1992). Ces mythes peuvent avoir des effets dévastateurs sur les personnes ayant un handicap. Les mythes peuvent être intériorisés, donc les individus peuvent penser que ces mythes sont vrais pour eux-mêmes. La sexualité est ignorée dans la sphère médicale, et pourtant la sexualité des personnes ayant un handicap est directement liée au soin qu’ils reçoivent. Il est plus difficile de rencontrer une ou un partenaire, et certains individus peuvent parfois essayer de faire semblant qu’ils ne sont pas handicapés.  Ceci peut, à son tour, contribuer à rabaisser l’estime de soi des individus qui se cachent.

Le coming out des personnes ayant un handicap et homosexuelles peut parfois être un double coming out. Les personnes ayant un handicap qui font leur coming out à leur famille attendent souvent d’avoir eu leur première relation sexuelle, comme cela a été le cas de Jeannine et Martine. Cependant, la majorité rapportent ne pas avoir de difficulté à le faire. Martine et Jeannine n’ont pas eu de mal à faire leur coming out, et on ressenti du soutien de la part de leur famille, jusqu’à une certaine limite. Un coming out sans problèmes est important pour la santé mentale et la sexualité future des individus qui le vivent. Ceux-ci peuvent ainsi faire confiance aux membres de leurs familles, et aux prochains partenaires à qui ils devront faire un coming out.

Il y a donc plusieurs conseils qui peuvent être utiles aux personnels de la santé, ainsi qu’aux personnes entourant l’individu homosexuel et ayant un handicap :

Les médecins et professionnels de la santé devraient :

  • Poser des questions directes
  • Prendre un historique social et sexuel
  • Assister les individus à identifier un réseau de support
  • Répondre ouvertement
  • Les individus veulent des soins, pas de l’interférence
  • Il y a plusieurs types de familles, qui incluent un partenaire important et un réseau d’entraide
  • La confidentialité est importance

Les personnes autour de l’individu devraient :

  • Demander comment la personne se décrit
  • Poser des questions sur le style de vie et les désirs (plutôt que de les prendre pour acquis)
  • Les individus sont pour la plupart des gens normaux qui veulent être traités comme des gens normaux

Il peut être aussi bénéfique d’avoir des conseils pour rencontrer lorsque l’on est homosexuel et handicapé. En voici quelques un :

  • Les sites de rencontre spécialisés
  • Les bars dans la communauté
  • Dans des lieux spécialisés dans la communauté
  • En étant sélectif dans les partenaires potentiels
  • En étant honnête dans ce que l’on recherche

Hammidi, T. N., & Kaiser, S. B. (1999). Doing beauty: Negotiating lesbian looks in everyday life. Journal of lesbian studies, 3(4), 55-63.

Kawachi, I., & Berkman, L. F. (2001). Social ties and mental health. Journal of Urban health, 78(3), 458-467.

limbrick, (2009). Eww “one of them”…! On being gay and disabled. Team around the child. Récupéré de http://www.teamaroundthechild.com/issue/issue-number-6/169-lead-article-eww-one-of-them-on-being-gay-and-disabled.html

O’Toole, C. J., & Bregante, J. L. (1992). Lesbians with disabilities. Sexuality and disability10(3), 163-172.

http://www.myhandicap.com/gay-lesbian-disability.html

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