#GamerHate

Récemment, j’ai essayé de jouer à des jeux vidéo. J’adore regarder mon tchum jouer, c’est comme regarder un film. Mais j’ai du mal à rentrer dans le jeu moi-même… ça ne m’intéresse pas. Comme si tous les jeux étaient la même chose, et que j’étais nulle à ce genre de chose. Mais j’en ai eu marre, alors je me suis mise à chercher, et en cherchant des jeux créés par des filles, je suis tombée sur l’histoire de Zoe Quinn et Gamergate.

Tout d’abord qu’est-ce que Gamergate?

Vous n’en avez peut-être jamais entendu parler, et potentiellement n’en entendrez jamais parler. À Moins que vous fassiez partie des millions de gens qui fréquentent les sites comme 4chan, Reddit, Twitter etc. Il est aussi possible que vous en ayez entendu parler si les sujets d’éthique journalistique, de féminisme, ou simplement de jeux vidéo vous intéressent.

En effet, le Hashtag #Gamergate a été créé en aout dernier après une série d’évènements franchement peu glorieuse.

Zoe Quinn est un développeur de jeu. Comme vous l’aurez deviné par l’absence pratiquement infinie de noms masculins commençant par un Z, Zoé est une femme. Pour vous donner quelques chiffres, les femmes en 2014 occupaient 22% de la profession de développeur de jeu. Ce chiffre, bien que relativement petit, serait le double du nombre de femmes en 2009, qui comptait 11,5 % de la profession, selon une enquête de IGDA, IGDA’s 2014 Developer Satisfaction Survey. De fait, l’industrie des jeux vidéos a tendance à repousser les femmes. Lorsque celles-ci tentent de s’y joindre, elles sont victime d’ostracisme, et de sexisme qui , malgré leur passion, peut les pousser à lâcher l’industrie au complet. Les femmes dans l’industrie des jeux vidéos, pour les mêmes emplois, gagnent en moyenne 10 000 dollars de moins que les hommes, pouvant aller jusqu’à 26 000 de moins pour des artistes, selon un recensement de Gamer developper Magazine en 2011. Cependant, selon le Essential Facts About the Computer  and Video Game  Industry de 2014, écrit pas le ESA, 48% et plus des gamers sont des femmes! et les chiffres montent toujours, grâce à de nouveaux jeux comme Candy crush, qui ne sont plus axé et marketé pour les hommes. Comment se fait-il que les femmes soient si peu représentées dans une industrie qui pourtant n’a plus comme cible seulement les hommes?

Revenons à Zoe Quinn. Elle est la créatrice du jeu depression quest. Le jeu indie traite des maladies mentales, et tente de faire rentrer  le joueur dans l’univers d’une personne avec une dépression, en essayant de faire comprendre une situation normalement subjective.  En aout dernier, son ex petit ami, fâché qu’ils ne soient plus ensemble, a publié sur Reddit une liste de noms, prétendant que celle-ci aurait couché avec tous ces noms. Il mentionnait dans ces noms certains journalistes de jeu de chez Kotaku. Kotaku, critique de jeu, aurait publié quelques temps avant ça un article sur DepressionQuest et Zoe Quinn… L’attaque en tant que telle est déjà particulièrement dérangeante, car elle tente de ridiculiser la femme en utilisant contre elle sa sexualité. Nous revenons au modèle préindustriel, où les femmes devaient justifier leur vertu par leur pureté, et leur chasteté. Jamais un homme n’aurait eu une attaque du genre, avec une liste de femmes avec lesquelles il aurait couché. Au pire, celle-ci eut été un compliment à ses prouesses masculines. Non content d’utiliser une attaque sexiste contre une femme, les fans de jeux vidéos, soit les gamers, se sont insurgés conte Zoe Quinn en la menaçant de viol, de mort, et en l’accusant d’avoir usurpé l’éthique du journalisme de jeu vidéo.

source: www.mirror.co.uk

Faisons une pause pendant quelques secondes sur cette suite d’évènements. Une femme couche avec des hommes (selon les dires de son ex petit ami), sa vie sexuelle et privée est éparpillée sur le net, supposément pour l’humilier. Celle-ci reçoit des menaces de mort et de viol, et malgré tous ces évènements, celle-ci est toujours celle qui est critiquée? Celle-ci est toujours celle qui doit se justifier pour une faute? Cela ressemble étonnement au phénomène de victim-blaming, et de rape culture. Le victim-blaming implique que la société préfère blâmer la victime pour un viol, ou un crime que d’aller blâmer celui qui perpétue le crime, surtout quand le criminel est un homme. Ceci est particulièrement prévalent dans les histoires de viol, où la police préfèrera demander à une femme ce qu’elle portait, ce qu’elle avait bu, si elle avait déjà couché avec cet homme-là ou d’autres hommes, plutôt que de chercher le criminel. Une société qui met tellement de stigma autour de la victime de viol, tellement de honte que 90% des viols et agressions sexuelles ne sont pas rapportés à la police! Si vous vous souvenez, la semaine dernière, nous parlions a Ariane Duplessis, et rien qu’à Montréal, 1 femme sur 3 sera victime de violence sexuelle! Une écrasante majorité des crimes sexuels sont commis par des hommes (sur des hommes ou des femmes). Et pourtant nous continuons de protéger les abuseurs. Le petit ami de Zoe quinn n’a connu aucune peine, aucun problème, aucune Sanction. Zoe Quinn elle, a dû partir de chez elle parce que son adresse a été mise en ligne. Des photos d’elle ont été mises sur internet, et photoshoppées sur des vidéos pornographiques. On trouve des Tumblr  complet défendant les actes de son ex petit ami, et trainant dans la boue les actes de Zoe Quinn. Mais soit, il arrive des accidents, dirons-nous. Ce n’est pas si grave. Du moment que nous comprenons ce qu’il se passe, et que nous soutenons Zoe Quinn, essayons de faire en sorte que ça ne se reproduise plus.

Mais attendez! Nous en arrivons tout juste à Gamer Gate! Après ces évènements, des gamers, Dont Adam Baldwin, acteur sans talent qui proteste contre le mariage gay en le comparant à de l’inceste (selon le huffington post du 24 février 2014), ont décidé de partir un mouvement pour critiquer l’éthique journalistique dans les jeux vidéos. Ceux-ci argumentent que l’attention que l’on donne au sexisme et au féminisme détourne l’attention du vrai problème, soit que les développeurs de jeu sont trop confortables, et se permettent n’importe quoi avec les journalistes… Ils argumentent aussi que l’attention donnée au sexisme et aux agressions contre les femmes détourne l’attention des jeux vidéos eux-mêmes, et que c’est mauvais pour l’industrie.

gamergate

Le débat sur l’éthique dans l’industrie est bientôt venu chercher Anita Sarkeesian, qui poste des vidéos sur l’utilisation des femmes dans les jeux vidéos comme fonds pour l’histoire, ou de la violence contre les femmes comme motivatrices pour les protagonistes masculins. Le même genre de menace a ensuite déferlé sur Anita Sarkeesian. Celle-ci a même dû annuler une des ses conférences dans une école en Utah, parce qu’un élève a menacé de façon anonyme de faire un massacre avec une arme à feu si elle venait faire une de ses conférences.

Ce mouvement de haine se pousse majoritairement envers les femmes dans l’industrie, et en particulier envers les femmes qui désirent un certain changement de la situation. Ce qui a poussé le mouvement à redéfinir le terme « gamer ». en effet, le terme gamer implique maintenant un jeune homme, blanc, qui joue à des jeux vidéos de façon hard-core. À cause de ce jeune homme, qui achète tellement de jeux, l’industrie des jeux vidéos s’est concentrée sur ses préférences et sort une majorité de jeux qui se concentrent sur les femmes, l’argent , et les armes à feu. Les femmes voulant entrer dans ce monde, mais se sentant légèrement laissées pour compte, demandent une ouverture des sujets et pratiques dans les jeux vidéos. De par ces demandes, le « gamer » se sent maintenant menacé. Son identité  est remise en cause, puisque n’importe qui veut maintenant devenir « gamer » et apprécier des jeux différents.

De par ces demandes, le « gamer » se sent maintenant menacé. Son identité  est remise en cause, puisque n’importe qui veut maintenant devenir « gamer » et apprécier des jeux différents.

source: www.themarysue.com

Pour soutenir le mouvement GamerGate, qui cherche à repousser les femmes du milieu des jeux vidéos, ceux-ci ont aussi créé le mouvement #notyourshield. Ce mouvement rassemblerait apparemment des personnes de différentes minorités qui considèrent ne pas supporter le féminisme. Ce mouvement soutend l’idée qu’une minorité a forcément raison si elle ne soutient pas une cause, car les minorités ne s’oppriment pas entre elles. L’idée raciste, et infondée (si l’on pense à l’intersectionnalité, qui est l’étude des différents systèmes d’oppression, et comment ceux-ci multiplient les effets les uns des autres, comme par exemple une femme lesbienne noire, est à l’intersection de 3 systèmes d’oppression et en ressent donc 3 fois plus les effets).  Le mouvement #notyourshield a cependant été découvert comme étant fondée par des participants de 4chan, qui auraient créé de faux comptes pour passer un message mal déguisé. Ceci vous montre un peu le genre de techniques que les personnes qui disent défendre l’éthique journalistique sont prêtes à utiliser. Le Gamergate chercher aussi à faire partir les femmes de l’industrie journalistique elle-même.  Ceux-ci cherchent à trouver le biais dans les écrits journalistiques en clamant que les journalistes connaissent personnellement les personnes sur lesquelles elles écrivent. Mais je vous le demande. Dans une communauté quelconque, quelles sont les chances de ne pas connaitre personnellement des personnes influentes dans ce même milieu si vous êtes journalistes? Quelles sont les chances que vous ne les ayez pas rencontrées? Quelles sont les chances, que quand vous partagiez les mêmes passions, dans le même milieu, qui manifestement se veut, et s’efforce à être sexiste, des liens ne se créent pas? Le journalisme ne se doit pas d’être objectif dans ses opinions. Il se doit de l’être dans ses faits. La façon d’interpréter les faits est tout l’enjeux du journalisme. Selon votre courant de pensée, il se peut que vous interprétiez les mêmes évènements de la même façon. Un journaliste américain, et un journaliste afghan vont regarder le même évènement, et en tirer des conclusions totalement différentes. C’est au lecteur, ou à l’audience de se faire sa propre opinion en vue des faits qui lui sont présentés. Deux journalistes, Jenn Frank, et Leigh Alexander, ont été tellement harcelées par les supporters de Gamergate qu’après 10 ans de carrière journalistique sur les jeux vidéos, celles-ci ont décidé de quitter la profession. Lorsque certaines journalistes décident de ne pas se laisser faire par le harcèlement, le comportement est vue comme une provocation supplémentaire par les Gamergate. En effet, dans cette mentalité de groupe, la victime n’a pas de mot à avoir dans l’affaire. Comme sur une série de téléréalité, où l’on vote la personne à sortir, sans que celle-ci ne puissent réellement se défendre, les gamergate s’attendent à ce que leurs victimes prennent la peine, et s’éclipsent en silence. Leur sentiment de pouvoir et de contrôle absolu est donc remis en question lorsque les femmes refusent de se laisser faire, et continuent d’écrire. Les attaques redoublent, et deviennent alors systématiques sur toutes les femmes. Toute voix féminine a pour écho une avalanche de voix masculines qui l’insultent, et la poussent, au final à se taire. Lorsque certains hommes tentent de venir à la défense de ces femmes, ceux-ci aussi vivent de l’intimidation. Gamergate a fait paraitre une liste de jeux, et de boites de production à Boycotter parce qu’ils défendaient des femmes dans l’industrie. Phil Fish, un journaliste qui a défendu Zoe Quinn a eu son site web hacké, et son numéro d’assurance sociale exposé sur le site.

source : readwrite.com

Donc voila ma suggestion… si vous êtes qui que ce soit, et intéressé par les jeux vidéos, ainsi que la corruption dérrière le développement de certains jeux, et leur publicités, utilisez le #gameethics. Celui-ci n’est pas misogyne, n’est pas raciste et se concentre sur la vraie corruption. Si vous êtes une femmes dans le milieu, ne laissez pas votre voix être éteinte, et mise sous silence. Il est important de rester fortes, surtout maintenant. Si vous êtes un homme, et que vous supportez la cause, il est important d’être actif, et de ne pas laisser le mot « homme » être trainé dans la boue par une bande d’adolescents entitrés qui régurgitent des hormones à ne plus savoir qu’en faire.

http://www.gamespot.com/articles/percentage-of-female-developers-has-more-than-doubled-since-2009/1100-6420680/

http://www.bostonglobe.com/business/2013/01/27/women-remain-outsiders-video-game-industry/275JKqy3rFylT7TxgPmO3K/story.html

https://www.google.ca/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=2&cad=rja&uact=8&sqi=2&ved=0CCMQFjAB&url=http%3A%2F%2Fwww.theesa.com%2Ffacts%2Fpdfs%2FESA_EF_2014.pdf&ei=2DJaVIrbJIf8yQTRz4KQAw&usg=AFQjCNE6ApwNgsjcMAyCpOfFrpqzm6Dcjg&sig2=rCUL9XMkSUP129StRhl_zg&bvm=bv.78677474,d.aWw

http://www.depressionquest.com/

http://www.slate.com/articles/technology/bitwise/2014/08/zoe_quinn_harassment_a_letter_to_a_young_male_gamer.2.html

http://en.wikipedia.org/wiki/Gamergate_controversy

http://arstechnica.com/gaming/2014/09/new-chat-logs-show-how-4chan-users-pushed-gamergate-into-the-national-spotlight/

http://rhrealitycheck.org/article/2014/09/09/gamergate-reveals-silencing-women/

http://www.vox.com/2014/9/6/6111065/gamergate-explained-everybody-fighting

http://www.huffingtonpost.com/2014/02/24/adam-baldwin-gay-marriage_n_4846727.html

http://www.telegraph.co.uk/women/womens-life/11082629/Gamergate-Misogyny-death-threats-and-a-mob-of-angry-trolls-Inside-the-dark-world-of-video-games.html